Pour cette interview, nous partons à la rencontre d’un véritable passionné de LEAN Management.

Expert du domaine ayant pratiqué la discipline dans différents secteurs, différents pays et avec différentes cultures, il nous en parle avec le recul nécessaire pour partager toute son essence !

C’est parti !

Bonjour Nicolas ! Merci de nous accorder un peu de votre temps. C’est un réel plaisir de vous avoir pour notre interview trimestrielle.

Tout d’abord pouvez-vous nous dire qui êtes-vous, quel est votre parcours ?

Bonjour Marc, je m’appelle Nicolas MARIE, 38 ans, marié, un enfant, un chien et Lean Addict. Je suis français d’origine et cela fait 6 ans que nous vivons à Lausanne. En terme de parcours académique j’ai poursuivi des études de master en mécanique à l’université Paris X. D’un point de vu professionnel, j’ai pas mal bougé au gré des opportunités, toujours dans le Lean, tout d’abord en France, puis en Thaïlande, à Singapour où j’avais une quinzaine d’usines réparties dans la région et maintenant la Suisse.

Comment êtes-vous tombé dans la marmite « Lean » ?

J’ai l’habitude de répondre à cette question en disant à ma naissance. Je suis né à Orléans, mais si tu le prononces à l’américaine ça fait OrLEANs. Plus sérieusement j’ai toujours été passionné par la résolution de problèmes que ce soit des casse-têtes ou des Lego, ça a bercé mon enfance.

Je suis tombé professionnellement dans le Lean chez Faurecia. Ce fût une claque et un coup de cœur. C’était tellement puissant, que je n’ai fait que ça depuis.

J’ai eu la chance de faire du Lean dans de nombreux secteurs, tout d’abord l’auto (Faurecia, Wagon automotive, FCI Automotive, Constellium Automotive), le luxe (Dior), les arts de la table (Guy Degrenne), l’électronique, j’avais même créé ma structure de conseils à Singapour, EcologicaLean.

Actuellement je suis Lean Implementation Manager chez Bobst.

Vous avez eu l’opportunité de pratiquer le Lean dans différents pays, différentes cultures, quels enseignements pouvez-vous nous partager de ces expériences ?

J’ai eu la chance de mettre en place et pratiquer le Lean dans une quinzaine de pays en Europe et en Asie. Ce qui m’a le plus surpris c’est la similarité des problèmes, avec des causes racines assez semblables. Une chose est encore plus frappante, c’est la capacité de l’homme à se sentir différent. Nous pensons que « chez nous, c’est différent, ce n’est pas la même industrie, pas le même business model, ça ne marchera pas chez nous ». Cette phrase, je l’ai entendue des centaines de fois, et à chaque fois, nous avons pu démontrer le contraire.

Un des énormes avantages du Lean c’est le côté visuel, vous réduisez vos stocks, on le voit, les palettiers sont à moitié vides, un changement de série via un SMED qui diminue de moitié, on verra aussi ses conséquences. Il faudrait être sacrement contre pour ne pas voir les avantages et les améliorations qui sont amenées.

Quelle est aujourd’hui votre vision du Lean Management et comment voyez-vous son évolution ?

Ma vision et mes connaissances ont énormément changé au cours de ces dernières années. La vision Lean des années 2000 était très orientée sur les outils, d’une façon très « pushy ». L’aspect humain et comportemental est arrivé très, trop, tardivement.

Aujourd’hui on s’aperçoit que le Lean est surtout une façon d’apprendre, de transmettre de l’info et surtout de résoudre les problèmes de manière scientifique.

En tant que référent Industrie 4.0 pour la partie production du site de Mex, je suis très à l’écoute des nouvelles technologies qui pourraient réellement changer la donne en Lean. Pour l’instant nous sommes encore au début mais d’énormes changements sont à prévoir coté TPM, et ordonnncement. Je vois plus une révolution dans les bureaux et services qu’en production.

Quelles sont selon vous les limites des champs d’application du Lean Management ? Quelle peut-être l’efficacité dans un environnement Supply Chain ?

Il n’y a tout simplement pas de limites, ou alors que des limites intellectuelles. Il suffit de voir les articles sur la mise en place du Lean dans différents secteurs. On parle de Lean dans les hôpitaux, dans la banque, le Lean construction a le vent en poupe, les méthodes scrum/agile sont de plus en plus utilisées. Dernièrement, par curiosité, je me suis intéressé au déploiement du Lean dans les chaînes de boulangerie et le Lean agriculture !

D’un point de vue SC, une bonne pratique du Lean va limiter les stocks (RM/WIP/FG) tout en accélérant les temps d’obtention, qu’il s’agisse d’un produit ou d’un service. Les exemples d’application sont nombreux.

Le mot de la fin ?

Try, Crash and Learn ! C’était mon motto quand je faisais du skateboard de vitesse. Ça me suit depuis toujours et c’est très kaizen dans l’esprit ! Il faut commencer tout de suite et surtout ne pas attendre que ce soit parfait car cela n’arrivera jamais !